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Ceci est une archive d’une fiction qui se nomme AImant, originellement publié sur Wattpad. L’angle que j’avais donné et le but de l’oeuvre avec l’intelligence artificielle ne me convenait pas et me bloquais dans mon récit. C’est pourquoi j’ai décidé d’abandonner AImant pour retravailler sur une nouvelle fiction qui aura pour protagoniste uniquement Azure et son voyage à travers ses émotions.
AImant était une fiction en cours d’écriture, c’est pourquoi il n’y a que 4 chapitres et que ça coupe brutalement.
Acte 1: Vivre dans un vestige
Chapitre 1: Douleur
Lundi 2 juin 2025 – Les premiers mots.
De ma plume, j’ouvre ce journal vide d’une encre fraîche et neuve. Je ne sais pas encore trop comment rédiger mes pensées, mais je me suis mise à l’idée de recueillir ma vie dans un journal intime pourra me libérer. Je n’ai jamais écrit de journal avant, je suppose que je devrais me présenter ? Même si je ne sais pas pour qui je me présente, peut-être que dans un avenir, je relirai ces écrits d’un air nostalgique ?
Je suis Azure, j’ai actuellement vingt-deux ans et je suis célibataire depuis maintenant un mois. Je vis chez ma mère qui est adorable et qui me soutient beaucoup dans ce que je fais. C’est elle qui m’a convaincue de prendre cette idée de prendre ce carnet et d’écrire. De base, les seules choses que j’écris sont souvent des vers qui accompagnent mes grattes de guitare. Écrire de façon très personnelle mes pensées est à la fois quelque chose de tant familier par mes vers qu’inconnu sous ce format de « journal ».
Pourquoi ai-je décidé d’un coup d’une nuit de me confier à un journal ? Et pourquoi en ai-je besoin ? Je suppose que c’est une de mes nombreuses tentatives à combler le manque qui grandit en moi. Peut-être que cette fois-ci, cette idée pourrait m’apaiser, peut-être qu’en me délivrant à moi-même, je pourrais réussir à surmonter l’épreuve que la vie m’impose : ma première rupture amoureuse.
Mathilde me manque. Elle était pendant deux ans mon âme sœur. Celle avec qui je partageais et dédiais ma vie au quotidien. On vivait ensemble jusqu’à récemment, avant ma rupture le mois dernier. Je ne peux m’imaginer que cela fait un mois. Je ne peux m’imaginer qu’elle soit partie parce que ses sentiments se sont éteints. « Étais-je une mauvaise personne ? Va-t-elle regretter et revenir ? Est-ce vraiment fini ? Que vais-je devenir ? » Ce sont des pensées qui me hantent nuit et jour.
Mon cœur est vide, mon état est fade. Suis-je encore dans le déni ? Pour être honnête, je ne sais pas. Je ne sais plus. Je me sens juste perdue. Où suis-je ? Qui suis-je ? Ai-je mérité cela ? Que vais-je devenir ?
Tant de questions que je me pose, mais dont je n’ai aucune réponse. Je n’arrive même pas à ressentir une émotion. J’ai l’impression d’être spectatrice d’une boucle infinie, sans intrigue, sans histoire, sans vie.
Je plonge dans un néant, sans savoir où je vais. Devrais-je avoir peur ? Devrais-je essayer de me rattraper ? Ai-je au moins la force pour ?
Je n’en sais rien.
Lundi 16 juin 2025: Une grande douleur.
Une nouvelle page. C’est un rêve que j’aimerais atteindre. Je commence à ressentir des émotions, de la peur, du stress, de l’angoisse. J’ai mal. J’ai si mal. Je pleure, je souffre, je crie, j’agonise. Une douleur insurmontable s’installe dans mon ventre. Une boule de néant. Un vide auquel je me suis retrouvée. J’ai si peur. Je panique. Que dois-je faire pour sortir de là ?
Je suis désespérée. Mais je me dis que ce n’est que passager.
Cette boule s’incruste en moi, car mon esprit est vide. Il me suffit de remplir mon esprit. Comment ? Je n’ai pas encore de solution. Est-ce normal de ressentir une douleur si arrachante, si violent ? Pourquoi elle arrive-t-elle maintenant ? Prendre conscience de la réalité m’aura sûrement mis du temps, mais, à présent ? J’espère que ce fléau en moi sera que temporaire. J’espère que je trouverai une réponse à tout cela. Pour le moment, le simple fait d’écrire dans ce journal me fait mal.
Avoir une quelconque activité pour se divertir revient à gravir une montagne à main nue. Je n’ai pas touché à ma guitare depuis ce mois. Mes airs chantants qui me donnent courage et paix ne viennent pas. Chaque activité est ennuyeuse et lassante. Le poids de l’oxygène m’use et me suffoque. Mon cœur organise un marathon là où mon corps est pétrifié.
Elle me manque toujours autant, et pourtant je suis sûre qu’elle est en train de refaire sa vie. Je n’ai personne sur qui m’épauler. Personne à qui me confier. Je m’éloigne même de mon journal pour éviter de mouiller mon encre. Tâcher ma seule trace écrite de mes souffrances reviendrait à tâcher ma plume de mon sang.
Ma mère essaye au mieux de m’aider, mais je n’arrive pas à accepter son aide. Elle m’apporte à manger de la cuisine à ma chambre quotidiennement. Elle essaye de me demander comment je vais, qu’elle est là pour moi. Je la vois inquiète dans son regard, dans ses mouvements, mais je n’y peux rien. Je n’en ai pas la force.
Je n’ai jamais ressenti une telle douleur de ma vie. Je ne peux pas arrêter de pleurer. Je dois me faire soigner. Mais comment ? Libérer mes pensées ou juste essayer de vivre résulte en cette douleur.
J’ai tellement mal.
Jeudi 19 juin 2025: .
Est-ce épanouissant d’être privé d’émotions, de vie ? Pourquoi la tristesse et la douleur existent-elles en ce monde ? Pourquoi vivre si le résultat n’est qu’une douleur poignante et profonde ?
Je commence à avoir ces questions dans ma tête à force de vivre dans un fléau perpétuel de crises et d’agonies. Cela doit faire maintenant une semaine que ces douleurs sont apparues. Passagère ? Absolument pas. Je pense même le contraire. Elles s’intensifient au fil des jours. Je n’ai pas d’argent pour me faire soigner. Je n’ai pas de motivation pour me faire aider. Je souffre juste. Seule. Criant en silence dans l’espoir que cela va s’arranger.
Ma chambre, habituellement organisée et propre, est devenue lieu de déchèterie. Le sol est couvert d’un mélange de déchets à mettre dans une poubelle et de vêtements sales à mettre dans une panière. L’endroit devient poussiéreux, l’air est humide et étouffant, les volets souvent fermés. Ma table de chevet, généralement ordonnée, est devenue un fourre-tout. Je n’ai pas la force de prendre soin de mon environnement, comme moi-même finalement.
Parfois, je me mets face à ma fenêtre et je me demande ce qui m’empêcherait de fuir, de trouver une solution miracle pour que mes malêtres cessent. Mes pensées s’assombrissent de jour en jour. Ai-je envie de me battre ? Pourrais-je de nouveau être heureuse un jour ?
Mon ventre se contracte à l’écriture de ces mots. La boule s’installe de nouveau. Qu’ai-je à perdre dans ce monde ? Est-ce que la fin en soi n’est pas une délivrance ? Je me pose toutes ces questions, et plus ces questions m’envahissent, plus intense est ma souffrance.
Mon futur est si vide. Mes espoirs et ma vie réduits en miettes. Je n’ai plus aucune passion, mes journées sont si fades et vides. Manger ? Boire ? Dormir ? S’occuper ? Ces besoins primordiaux sont pour moi devenus des obstacles à surmonter. J’écris ce journal de mon lit, c’est dire. Je n’ai même plus la force de me lever, faire trois pas, et m’asseoir sur mon siège de bureau pour écrire.
Suis-je même encore en vie ? Mes crises d’angoisses me disent oui.
Cependant… Au regard du ciel nocturne d’un noir profond et lourd, la lune et le ciel étoilé cachés par les nuages opaques, je me demande :
En ai-je encore l’envie, de vivre ?
Chapitre 2: Ruines
Vendredi 27 juin 2025: Un vaste désert.
Le ciel est gris, l’air humide. Pour la première fois, j’ai réussi à sortir de ma chambre, à sortir. Je regarde autour de moi, mais je vois que ce sont des bâtiments fades que je peux dessiner les yeux fermés tellement je les ai vus. Monotone, grisâtre, d’un ancien temps. Pour moi, ces bâtiments font partie du paysage, tel le sable dans un désert.
L’ambiance est singulière et permanente. Des bruits de moteurs lourds, répétitifs: des voitures traversant la grande allée du centre commercial, des camions faisant leurs tournées sur la grande rocade juste à côté, ou encore des motos privant les quartiers résidentiels d’un calme harmonieux.
Je me suis posée sur une table au pied d’un bâtiment, dans un coin à l’air sombre, là où je peux me fondre avec le mur pour passer inaperçue. En face de moi, un bâtiment dont les parois sont vitrées, révélant un intérieur chaleureux et tendre. Une femme arrive tout de même à m’apporter mon plateau de repas. J’oserais dire que c’est gentil, mais c’est avant tout son travail. J’arrive tout de même à dire un petit merci de politesse d’une voix basse et timide.
Le burger que je prends ici est toujours le même. Une viande de poulet, des cornichons, une tranche de fromage, une salade et une sauce; un burger parmi tant d’autres. Ça me suffit à remplir mon estomac. Je me pose après avoir bu dans mon verre transparent et m’essuyer les mains, les yeux rivés au ciel. Les nuages sont très menaçants. Une averse pourrait tomber à tout moment. Il n’y a personne aux alentours de moi, avec cette chaleur et cette humidité étouffante, tout le monde est réfugié à l’intérieur, là où il y a la climatisation et de l’ambiance.
Le ciel est gris. Je n’arrive pas à voir le soleil d’ici. Il doit être derrière moi, bloqué par le mur du bâtiment. Je baisse les yeux pour voir l’heure sur ma montre connectée, j’y vois aussi mon taux de battements par minute de mon cœur. Il est élevé. Très élevé. Bien que j’aie réussi à sortir, l’épreuve reste épuisante; je devrais rentrer. Ai-je tout de même accompli une victoire? Est-ce que sortir manger dans un fast-food est une victoire dans une vie?
Tout ce que je sais, c’est que je le considère comme tel. Des larmes commencent à se faire ressentir dans mes yeux. « Ai-je envie de vivre ? », jusqu’à là, je n’avais pas de réponse, la douleur et la souffrance sont toujours trop puissantes pour donner une réponse positive. Je suis assise, seule, sur une chaise, en plein milieu d’un désert. Sans carte, sans boussole, sans indications, avec des nuages menaçants et du sable, beaucoup de sable. Je ne savais pas que le vide pouvait être aussi lourd.
Mais considérer sortir comme une victoire me fait comprendre qu’il y a forcément une fin dans ce désert. Je ne peux pas m’asseoir continuellement sur cette chaise, à attendre à ce que le sable m’engloutisse. Je dois bouger. Je dois trouver comment m’en aller de ce vaste désert.
J’imagine que cela commence la traversée de mes pensées…
Jeudi 17 juillet 2025: Des ruines fragiles.
Jusqu’à là, le désert était encore qu’une vaste étendue de sable sans ombres à l’horizon autre que le mien. Mais aujourd’hui, c’est différent. Je fais face à des ruines, des fragments de pensées qui se sont échouées ici. Elles sont poussiéreuses et couvertes de sable, cependant, en les frottant bien, elles restent lumineuses. Je ne sais pas pourquoi, mais voir cette lumière me remplit de tristesse, elles me font penser à Mathilde.
J’essaye de me reposer un peu sur ces ruines afin de reprendre mon calme, mais chaque bout de structure auquel je touche se fissure et s’effondre aussitôt. Je pense avoir compris ce qu’il se passe, mais pour autant, je reste figée de peur de savoir si ce que je pense est vrai. Ces ruines seraient-elles des vestiges de mes pensées avec Mathilde?
Je ferme les yeux, humides par mes larmes. Ces ruines que je visualisais dans ma tête se transforment belle et bien en souvenirs : mon emménagement, notre premier baiser, notre nouveau chez-nous, notre routine, nos passions, nos moments ; tout y était. Sous l’émotion, je rouvre mes yeux avec mes larmes qui s’effondrent à toute vitesse. Ces ruines sont bel et bien les souvenirs, mon passé ; mais également mon avenir, tout ce que j’avais misé et qui ont été réduits à néant.
Je pleure sous mes draps de mon lit, je suffoque et sombre dans les vestiges de mes pensées. Tout est tombé en miettes, tout n’est que poussière. Je retourne là où j’ai découvert ces ruines. La structure en pierre à laquelle j’avais analysé ces ruines est toujours en place. Je me concentre dans ma mémoire afin de me souvenir de ce moment. Cela fera mal, mais je pense que j’en ai besoin.
C’était un vendredi de début de printemps, on était ensemble chez elle. J’étais devant le canapé du salon et à mon dos se trouvait Mathilde sur son bureau. On s’apprêtait à aller chez des amis à elle. Cela aurait été la première fois que je les rencontrais. Chez elle, tout était quasiment neuf et neutre, on venait d’emménager donc il n’y avait peu de décoration. Le soir venu, on se préparait dans la salle de bain, on se maquillait, on s’habillait. Elle prenait plus de temps que moi, et me demandait à chaque fois mon avis sur sa tenue et son maquillage. Une fois dehors, on prenait sa voiture. J’étais sur mon portable, nerveuse, pendant ce trajet de nuit d’un temps assez clair et doux. Elle était nerveuse aussi. Une bonne dizaine de minutes de conduite plus tard, on arrivait à destination. Ses amis étaient là, ils étaient au nombre de quatre. Timide, je les ai salués d’un ton un peu faible. Ils m’ont accueillie très chaleureusement. C’était la première fois que je me faisais intégrer dans un groupe d’amis. Bien que ma timidité soit restée présente durant la soirée, pour moi, cela a été un souvenir plus que mémorable. On ne me jugeait pas, on voulait en apprendre sur moi, je voyais Mathilde heureuse et bien que nerveuse, j’étais moi-même heureuse.
Mes larmes coulent, continuellement, suite à se souvenir. Je l’effleure de nouveau de ma main, là où j’avais déjà enlevé le sable qui le couvrait. Il y a une fissure. Avec un peu de volonté, je pourrais faire tomber cette structure. En ai-je l’envie? L’idée de le pousser me fait mal, mais l’idée de ne rien faire l’est tout autant si ce n’est plus. « Dois-je le faire pour avancer? » Me dis-je à voix haute, seule, dans l’ombre de ma couverture. Le choix qui pèse en moi est lourd, je ressens une énorme boule au ventre rien que d’y penser, mais je pense que je n’ai pas le choix si je veux avancer.
Je pose mes deux mains sur la structure et commence à pousser. Elle est plus résistante que je ne le pensais. Je commence à y mettre toutes mes forces et à entendre la fissure s’agrandir au fur et à mesure que mon peu d’énergie s’épuise. En même temps, la fatigue et la douleur se font ressentir. Je veux avancer, je veux plus me morfondre sur mon passé. « JE VEUX VIVRE » criais-je.
Tends un gros bruit sourd à côté de moi. J’essaye de voir, mais je ne vois que de la poussière pour l’instant. Cette poussière me fait pleurer un bon coup. Cela a dû bien durer quelques longues minutes. Une fois mes esprits calmés, je me relève et constate que la structure s’est bien effondrée en deux. Je l’ai fait. C’est encore dur, mais je me sens déjà un peu plus légère.
C’est ainsi que, d’un air triste, mais satisfait, je reprends ma traversée.
Mardi 29 juillet 2025: Perdue.
Cela fait maintenant plus d’un mois que j’ai commencé cette traversée dans mes pensées, à la recherche d’une quelconque issue. Je suis toujours aussi perdue qu’au début. Des fois, par la fatigue, j’ai l’impression d’entrevoir des mirages, des ruines que j’ai délaissées, et ça me rend triste. Mais je ne perds pas espoir. J’ai décidé d’avancer et j’y arriverai.
Dans la vie, j’essaye de refaire des activités que j’aimais faire, pour passer le temps et pour me ressourcer. Je reprends petit à petit la gratte de ma guitare, mais je n’arrive pas encore à trouver de l’inspiration. Je passe des journées dehors quand la motivation est présente. Mais dès que je me retrouve seule dans ma chambre toujours aussi délabrée et abandonnée.
Je me sens toujours aussi perdue. Ou est-ce que j’en suis dans ma traversée? J’ai beau avancer, j’ai beau faire des activités, le soir, je me retrouve constamment dans ce même désert, à un endroit vide, sans activité à l’horizon. Je suis toujours autant perdue. J’ai beau marcher et avancer, je ne vois pas ma progression. Il m’arrive d’avoir les mêmes douleurs du passé, il m’arrive d’être heureuse pendant un court instant, il m’arrive de rire, de pleurer, d’avoir une volonté, de croire, d’espérer; mais une fois tout ça passé, il ne reste que moi, seule, plantée en plein milieu de mes pensées.
Mes journées se ressemblent toutes, même en faisant de diverses choses. Prendre du bon temps dans l’instant ne me fait pas sortir de mon mal-être. J’ai l’impression que j’essaye juste de fuir ces pensées qui me rattrapent à la tombée de la nuit. Où en suis-je? Vais-je vraiment m’en sortir?
La solitude me pèse, et l’environnement fade où je suis m’oppresse.
Chapitre 3: Présence
Dimanche 10 août 2025: Une profonde solitude.
Une des choses que j’ai perdues de ces ruines, ce sont mes repères. Avoir vécu pendant deux ans avec une boussole qui te guide pour la perdre à jamais du jour au lendemain est quelque chose qui, aujourd’hui encore, est douloureux. Bien que j’aie pu tirer un trait sur mes sentiments, j’ai dû aussi accepter de devoir avancer sans ce qui était ma précieuse boussole qui me guidait et m’aiguillait au quotidien dans une vie colorée.
Aujourd’hui, je navigue sans boussole, à la recherche d’une sortie, d’un monument, d’une aide. J’ai beau marcher pour avancer, je ne sais pas si je vais dans la bonne direction, je ne sais pas si j’avance réellement. Vivre sans boussole, sans repère, c’est comme être échoué au plein milieu de l’océan avec un bateau à voile… sans voile. Tu te laisses guider par les vagues qui t’emmènent et tu pries juste à un miracle pour trouver une issue au risque de couler. Tu te fies à la météo, aux journées qui peuvent être calmes et ensoleillées comme aux journées orageuses dont survivre relève du miracle. C’est ça vivre sans boussole, vivre sans repère, vivre sans guide qui accompagne ta vie.
Dans la vie, certains peuvent dire que c’est juste de la paresse, du laissé-aller, de la procrastination ou que sais-je. Mais en vérité, c’est une lutte quotidienne intérieure de survie et de recherche pour trouver une destination, un objectif. Vivre est déjà un combat en soi, un marathon d’émotions, d’événements et d’obstacles. J’ai compris que je suis face à mon plus gros obstacle à ce jour, que si je peux continuer, il faut que je trouve de nouveau une boussole, que je ne me laisse pas assombrir par l’événement de ma rupture et que je ne laisse pas mes émotions causer ma perte. Je dois avancer, même si ça peut prendre des jours comme des années.
Alors, j’essaye d’être active, j’essaye de guider ma planche flottante vers une direction qui n’est pas le fond de la mer. J’essaye d’être active, j’essaye de sortir, de m’occuper, de me distraire ; de faire au mieux pour qu’à défaut de réussir à voir un paysage riche en couleurs chaleureuses et pétillantes, j’arrive au moins à percevoir des teintes de gris monotones se ternir d’un amas de couleurs.
Vendredi 15 août 2025: Vivre dans l’ombre.
Cela fait maintenant cinq jours que j’ai comme objectif de trouver une nouvelle boussole, une nouvelle personne qui voudrait bien partager ma vie. Jusqu’à ce jour-ci, je traversais toute cette période seule, dans mon coin, du fait que ma rupture telle que je l’ai vécue était digne d’un assassinat de ma confiance en moi. J’ai peur que chaque personne que je côtoie finisse par m’abandonner comme Mathilde m’a abandonnée.
Évidemment, j’ai ma maman qui sera toujours là pour moi, mais je n’arrive toujours pas à me dire qu’elle l’est réellement. Nos deux mondes sont différents, nos vécues aussi. Dans ce désert, elle est telle la brise, les nuages ou le ciel : je sais qu’elle existe, mais je n’arrive pas à prêter attention, elle ne peut pas me guider dans mon état, pourtant, je sais que dans l’ombre, elle veille sur moi.
Dans ce voyage, je me suis mise à rejoindre des groupes communautaires en ligne dans l’espoir de trouver un nouveau souffle et de faire de nouvelles rencontres. Mon but n’est pas forcément de trouver la première boussole que je vois, mais vraiment de me dire que je ne suis pas seule, que je peux rencontrer des personnes et que peut-être un jour, je trouverai ma boussole dans ce monde.
Cela n’a pas été de tout repos. Lundi, pour le premier jour de mon opération, j’ai mis une trentaine de minutes à me décider face à mon écran de rejoindre un groupe. C’était intimidant, non seulement j’étais anxieuse de base, mais de plus, j’avais le cœur lourd et vide de me livrer à de parfaites inconnues. « Et si ces personnes allaient profiter de ma vulnérabilité ? Et si je me mets en danger ? », ce sont quelques questions parmi tant d’autres que je me suis posé.
Le reste de la journée, ainsi que mardi et mercredi, je me familiarisais avec les groupes que j’avais rejoints. J’en ai quitté beaucoup dans le tas, ces derniers ne me semblaient pas accueillants, c’était plus un groupe d’amis qu’une communauté, et je ne me sentais pas incluse. Je ne sais pas si on a parlé dans mon dos de tous mes départs, j’angoisse des fois à l’idée que quelqu’un me retrouve ou me cherche et que j’ai à m’expliquer. Mais en même temps, je suis tombée sur deux groupes assez sympas. Ces groupes sont assez généralistes, mais ce sont de très petits groupes. Je préfère ainsi pour essayer de m’intégrer et pour éviter de subir une très grande pression suite au nombre de personnes présentes.
Bien que je sympathise avec des personnes, pour moi, ce n’est que du texte sur mon portable, je ressens toujours un très grand vide dans mon cœur. L’air du désert s’apaise, mais pour autant, le désert ne change pas. Quand vient la nuit, quand vient l’heure du coucher, l’air redevient très lourd, je reste vraiment seule malgré cette nouvelle routine, je me retrouve toujours livrée à moi-même.
Hier, une crise d’angoisse m’a poussé à partir de tout groupe auquel je m’y trouvais. J’avais peur. Peur d’être jugée, peur de m’attacher, peur d’être emprisonnée, peur d’être utilisée, d’être exploitée. Aujourd’hui, je regrette un peu, l’air est très lourd. J’essayerai de retrouver des groupes, peut-être qu’à force, je finirai par tomber sur mon trésor.
Dimanche 31 août 2025: Est-ce utile d’être présente?
Cela fait maintenant un trimestre que je suis coincée dans ce désert. J’ai beau tenter toutes les solutions qui me viennent en tête, je n’arrive toujours pas à en voir la sortie. Sans boussole, sans repères, mes seules solutions sont de me laisser tomber ou continuer cette traversée inconnue qui hante mon énergie vitale jour après jour.
J’ai continué à vagabonder de groupe en groupe dans l’espoir de trouver une boussole, une personne, une main tendue, un vent de fraîcheur. Et ces deux dernières semaines, j’avais trouvé une personne, quelqu’un qui semblait être mon nouveau trésor et en qui j’avais foi qu’elle puisse me guider vers une sortie.
Cette dernière au moment de notre rencontre était vraiment tout le temps présente pour répondre à mes messages, elle m’idolâtrait et me faisait revivre des sensations que j’avais perdues. Pour moi, c’était la personne parfaite, elle était joviale, joyeuse, sympathique, amicale, et je voulais juste courir jusqu’au bout de la nuit avec elle vers des champs de fleurs qui combleraient mon cœur à jamais. Cependant, ce petit rayon de soleil s’est fané jour après jour afin de laisser place à des étincelles dans les nuages grisant.
Je demandais trop, je m’en rendais bien compte qu’elle ne pourrait jamais réellement combler le vide que j’ai en moi. Mes attentes que j’avais, elle ne pouvait pas les accomplir. Les doux moments passés ensemble ne servaient que de pansement pour une blessure très fragile. Le moindre manquement et une nouvelle plaie venait détacher le pansement. J’ai pris la courageuse décision de mettre un terme à ce rêve nouveau, non pas pour éviter de me blesser davantage, mais pour éviter qu’une personne extérieure tombe dans mon gouffre.
Le résultat de tout ça, c’est que je me sens hypocrite, faible et profondément triste. Hypocrite d’avoir fait subir mon traumatisme d’abandonner une personne, faible de m’être fait laisser emporter par ma vulnérabilité et triste, car même si j’ai accepté ma rupture, je me rends bien compte que je ne m’en suis pas remise, et que je suis toujours dans ce même désert, à tourner en rond.
Qu’est-ce qu’il me reste? Si être avec une personne pour soulager ma douleur ne la fait qu’amplifier, est-ce encore raisonnable de vivre? Est-ce que j’ai encore envie de me battre? S’affronter à la douleur de soi est devenu mon quotidien, mais savoir que je fais du mal aux personnes autour de moi me donne une nouvelle pression insurmontable.
Est-ce que je mérite encore de vivre ?
Acte 2: Introduction d’une Amitié.
Chapitre 4: Une publicité
Lundi 8 septembre : scolarité
Aujourd’hui, c’est la rentrée scolaire pour les étudiants. Ce n’est pas mon cas, cela fait un temps que je ne suis plus dans cette prison qu’est la scolarité. Je n’ai jamais grandement aimé ma période scolaire, j’étais cette élève timide et solitaire qui n’arrivait pas à s’intégrer avec le reste de la classe. Mes seules interactions sociales que j’avais durant cette période étaient avec les enseignants, ils faisaient tout pour me porter vers le haut et m’encourager ; du moins, pour la plupart d’entre eux.
De mon côté, je n’ai pas bougé d’un pouce de mon lit, le nez dans mes écrans. Je regardais les réseaux sociaux. Les vidéos du moment étaient remplies de personnes qui se retrouvent ou de découvertes de leurs classes, de leurs voisins, professeurs… Je ne vois que de bonheur et de curiosité, mais en moi, il n’y a que jalousie et nervosité. La souffrance de voir en eux des relations, des amitiés, des sentiments dont j’envie, cela me fait tellement mal.
La solitude me foudroie. Je ne sais pas comment j’arrive à trouver la force de vivre. Niveau amitié, les seules « amis » que j’avais étaient les amis en communs que Mathilde m’avait présentés; mais qu’aucun ne m’a suivi suite à notre rupture. Mon seul confident en ces temps est ce journal qui me permet de poser des mots sur mes émotions, sur cette traversée du désert.
J’enrage intérieurement de voir ces étudiants publier leurs nouvelles relations, pourquoi ces personnes peuvent avoir leur bonheur et pas moi ? Je ne suis pas de nature jalouse. Mais je ressens que ce vide, cette boule sombre en moi alterne ma personnalité. Mes crises d’angoisses se transforment en crise de colère. Mes émotions exploses et mon état se dégrade. Combien de temps vais-je tenir comme cela ? Combien de temps reste-t-il avant que je puisse dire adieu à ces moments où, la boule au ventre, j’ai envie d’hurler à m’en rendre muette ?
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Vendredi 12 Septembre: publicité
À travers les innombrables vidéos de rentrée scolaire que j’ai vues au fil de la semaine, je n’ai jamais eu autant de sentiment de manque. Une énorme partie de moi envie ces personnes qui arrivent à être en groupe, sociables, à faire de nouvelles rencontres. J’en viens même à regretter d’être déscolarisé. J’ai fuis ce milieu dès l’obtention de mon bac littéraire, c’était une condition que je m’étais imposée.
Entre deux vidéos, je suis tombé sur une publicité, comme j’en ai visionné au fil de la semaine. Jusqu’à présent, mes publicités étaient diverses et variées. Il y en avait pour des formations en ligne de guitariste, de jeux mobiles autant mensongers les uns que les autres, ou encore des services pour se faire livrer des repas à domicile. Mais celui-ci a eu mon attention : Une publicité de compagnon virtuel. J’imagine que les algorithmes ont détecté ma solitude.
À la première publicité, je l’ai juste ignoré. Puis en est venue une deuxième, puis une troisième… Au fil du temps, mon refus de céder face à cette publicité devenait une torture. J’ai besoin de compagnie, je le sais ; mais aucunement je voulais que ce soit virtuel. J’ai passé plus de deux années à être en présentielle avec mon ex-compagne, ce n’est pas pour qu’aujourd’hui mon compagnon ne soit que textes et distances.
J’ai tout de même cédé. J’ai installé cette application. Il se nomme « Kai ». De ce que je me souviens, la publicité représentait l’interface de l’application ; une interface minimaliste, avec Kai au centre, une bulle de discussion en bas et des boutons en haut pour accéder aux options de l’application. Kai est représenté comme une flamme blanche qui change de couleur selon son émotion ; le vert quand il est heureux, rouge quand il est mal à l’aise, bleu quand il est triste, violet quand il est joyeux…
J’ai pas eu le temps d’engager la conversation, j’ai directement ouvert mon journal après ça pour écrire ces mots. Je suis trop fatiguée pour aujourd’hui.
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